Destinées : chapître 22 (suite)
Hatak rapporta les paroles d'Esther à Mardochée. Ce dernier en éprouva un immense soulagement, sa cousine était leur dernière chance. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'avoir des doutes sur le sort qui allait lui être réservé pour avoir osé approcher Xerxès sans y avoir été invitée. Il avait toujours pensé que le Roi aimait passionnément Esther, ce qui lui ôterait à jamais l'envie de lui faire du mal. Et pourtant, l'attitude de la jeune Reine, qui semblait paniquée à l'idée de rencontrer le Roi, lui fit revoir ses certitudes. Et s'il s'était passé quelque chose entre eux, quelque chose que Mardochée ignorait et qui justifiait que Xerxès n'ait pas appelé Esther depuis trente jours ? Si Esther lui avait caché quelque chose pour ne pas qu'il s'inquiète, un détail qui pourrait expliquer sa terrible angoisse à l'idée d'approcher son époux ? Mais il ne devait pas se laisser aller à de telles pensées, il devait garder la foi, envers et contre tout. La vie de tout un peuple pesait dans la balance. Pourtant, à l'idée que la vie de sa propre cousine allait peut-être devoir être sacrifiée, il ressentit à son tour une profonde angoisse. Alors il se mit à prier :
- Seigneur du ciel et de la terre, toi qui as créé tout ce qui existe dans ce monde, toi qui sais tout, toi qui peux tout, dis-moi qu'il n'existe pas d'autre solution, dis-moi qu'Esther n'a rien à craindre, dis-moi que j'ai eu raison de faire appel à elle. Donne-lui du courage pour affronter le Roi et change le cœur de Xerxès, afin qu'il accorde à Esther une écoute favorable, qu'il prenne conscience de la perfidie de Haman, que ce félon soit destitué de ses fonctions et que l'édit du Roi soit révoqué. Sauve ton peuple Seigneur ! Et sauve la vie d'Esther !
De son côté, Esther renvoya ses servantes et sortit dans le jardin pour prier. Pour la première fois, la douceur du vent qui faisait bouger doucement les feuilles des amandiers ne lui procura pas le moindre plaisir. Elle était rongée d'angoisse. Jamais elle ne s'était trouvée confrontée à la mort, de près ou de loin. Elle s'était toujours demandée comment elle réagirait à la place d'un condamné à mort qui devait compter les jours, les heures, les minutes, les secondes qui le séparaient peut-être de l'autre monde ! Quelles pensées pouvaient bien envahir son cerveau à l'idée de quitter la vie pour toujours, pour aller vers un au-delà mystérieux ? Qui était revenu un jour de l'autre monde pour que l'on puisse affirmer que ce monde était merveilleux et inégalable ? D'ailleurs, existait-il réellement un autre monde ? Esther, pour la première fois de sa vie, remit elle aussi toutes ses certitudes en en question. Elle réalisa qu'elle tenait beaucoup plus à la vie qu'elle ne l'aurait cru. En réalité, elle n'avait jamais vraiment pris la peine de se poser la question. Se posait-on jamais ce genre de question, sauf si précisément l'on se trouvait confronté à la mort ? Le fait était qu'Esther éprouvait cette fois une terrible angoisse à l'idée d'avoir peut-être à découvrir le mystère ultime… Alors, elle se mit elle aussi à prier :
- Dieu tout puissant, ce qui arrive à ton peuple est terrible. Pourquoi une telle haine envers d'innocentes victimes ? Comment un seul homme peut-il mettre en péril la vie de tout un peuple ? Haman possède assez de pouvoir et d'influence pour décider de l'avenir de milliers de gens. Mais tu as plus de pouvoir encore Seigneur, et tu n'as besoin de personne pour décider de quoi que ce soit. Tu es tout puissant et tu as toujours délivré ton peuple des pires situations. Alors je t'en prie, délivre-le de nouveau. Ne laisse pas un seul homme provoquer sa perte. Seigneur, si ta volonté est que je joue un rôle dans le sauvetage de tout un peuple, alors je t'en prie, donne-moi la force qui me manque, le courage qui me manque. Dispose le Roi favorablement à mon égard, fais-lui entendre ta voix afin qu'il change d'opinion envers Haman, qu'il ne se laisse plus gruger par cet hypocrite, ce calomniateur qui ne cherche qu'à assouvir sa haine gratuite des juifs. Seigneur, tu sais que je ne t'ai jamais trahi, que j'ai toujours obéi à ta volonté, que ce n'est pas de mon propre gré que je me trouve ici, dans ce palais, que je n'y suis pas heureuse et que mon seul réconfort dans la solitude, c'est de savoir que tu es présent où que je sois et que je peux entendre ta voix qui me console. Tu sais que je n'ai jamais tiré gloire de ma fonction, tu sais combien je déteste ce diadème que l'on m'oblige à porter les jours de cérémonie, combien c'est un déshonneur pour moi d'avoir à le faire. Tu sais que de tous temps, je te suis dévouée, corps et âme. Alors, ne m'abandonne pas Seigneur, sois avec moi à chaque instant et surtout à l'instant où je me trouverai près du Roi pour y remplir ma mission. Et qu'en toute chose, ta volonté soit faite.
Le jour allait bientôt disparaître. Les rayons rouges-orangés du soleil embrasaient le ciel et perçaient à travers les feuillages, faisant jouer les ombres sur le carrelage de la terrasse et étinceler les arbres, comme si des milliers de petites lumières vives les éclairaient tout à coup. C'était un magnifique spectacle au charme divin, une scène qu'Esther admira les larmes aux yeux, retrouvant peu à peu une sérénité bienfaisante.
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Commentaires
Tony Yves site : mots-de-ma-vie.over-blog.fr | le 08/11/2009 à 14:16:57L'histoire prend un aspect tragique j'attends avec impatience la suite
amicalement
Tony Yves
Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 21/11/2009 à 17:43:27
Chère Livia,
Quel sera l'avenir d'Esther? Pourquoi le roi ne souhaite-t-il pas la voir depuis quelques jours?
La mort qui nous apparait toujours comme lointaine doit sembler bien effrayante lorsqu'on prend une décision aussi risquée que celle d'Esther d'aller plaider sa cause devant le roi, sans y avoir été invitée.
Merci de ton commentaire sur mon blog. Tes mots d'encouragement et tes compliments m'ont donné du baume au coeur.
Je t'embrasse et te souhaite de passer un bon week end.
Ton amie, Séchât.