La plume et le parchemin

Destinées : chapître 21

Assis sur le trône royal, Xerxès réfléchissait. Les complots ourdis contre sa personne, de plus en plus nombreux, le rendaient chaque jour plus soucieux. Il avait l'impression très désagréable de ne plus avoir aucune maîtrise de ses sujets. Il faudrait qu'il nomme un nouveau premier ministre, un homme qui soit consciencieux, énergique et déterminé, un homme à poigne, qui remettrait de l'ordre dans les affaires du royaume et prendrait des mesures drastiques afin que plus aucun des hommes attachés à son service n'osât même émettre l'idée d'un complot. Xerxès réfléchit longuement, passant en revue, dans sa tête, toutes les personnes susceptibles de remplir cette tâche difficile. C'était qu'une telle responsabilité ne pouvait être confiée à n'importe qui et surtout, remplie par n'importe qui. Il fallait quelqu'un qui fût suffisamment attiré par le pouvoir pour être prêt à tout, mais pas assez pour, un jour, aller jusqu'à vouloir prendre la place du Roi. Xerxès finit par extraire un nom de la liste des candidats potentiels : il se nommait Haman, fils de Hammedata, un agaguite, et semblait posséder toutes les qualités requises pour pouvoir exercer dignement cette difficile et délicate mission.

 

Xerxès éleva Haman aux plus hautes fonctions, le plaçant au-dessus de tous les autres ministres. Il donna des ordres afin que tout homme au palais, s'agenouillât et se prosternât devant lui, en signe de grand respect et de soumission. Et de fait, tous obéirent sans discussion à cette injonction royale, tous, sauf une personne, qui refusait obstinément, en digne descendant du grand Saül, de s'humilier devant un descendant, même illustre, du roi Agag : Mardochée. Les serviteurs du Roi, présents à la porte royale, qui eux, s'acquittaient régulièrement de leur devoir, questionnèrent quotidiennement ce dernier, cherchant à découvrir la raison de ce refus d'obéissance caractérisé et tentant de l'amener à changer d'attitude. Ils n'obtinrent rien d'autre de lui qu'un refus obstiné. Sans doute l'entêtement aussi original que courageux de Mardochée les contraria-t-il, eux qui n'avaient pas hésité à se soumettre à cette obligation, sans doute jugèrent-ils injuste que ce dernier ne fût pas, au même titre que les autres, soumis lui aussi, en tout cas, ils décidèrent d'en informer Haman. On verrait bien si le courage de Mardochée tiendrait encore devant la colère du premier ministre !

 

Informé par les délateurs, qui en avaient profité pour dénoncer les origines juives de Mardochée (celui-ci ayant eu la mauvaise idée de les mettre dans la confidence), Haman entreprit immédiatement d'observer avec plus d'attention le comportement de ce dernier à son égard. Il constata en effet que Mardochée, contrairement à tous les autres, ne s'agenouillait ni ne se prosternait sur son passage. Il en éprouva aussitôt une grande colère, à la mesure de son orgueil démesuré. Comment pouvait-on oser mépriser un ordre royal, visant à honorer la personne du premier ministre ?

 

Toutefois, la bravoure d'Haman n'étant pas proportionnelle à son immense orgueil, il n'osa pas prendre de mesure contre Mardochée seul, maintenant qu'il savait à quel peuple ce dernier appartenait. L'expérience historique avait montré, à plus d'une occasion, qu'il ne faisait pas bon s'attaquer à des juifs. Ils semblaient protégés par quelque main providentielle et prendre des mesures contre eux exposait sans nul doute à de cuisantes représailles de la part de tous les autres. Il trouva sans trop de difficulté la solution, la seule qui lui parût dénuée de tout risque, solution on ne peut plus radicale : exterminer dans son entier le peuple juif, disséminé dans tout le royaume de Xerxès. Ainsi, il n'y aurait plus à craindre de représailles, cela permettrait en outre de se débarrasser une fois pour toutes de ce peuple qui, de tous temps, avait donné bien du fil à retordre à ses ancêtres, de génération en génération. La date à laquelle on procéderait à l'extermination du peuple juif fut tirée au sort : ce serait le treizième du jour du mois d'Adar.

 

Il ne restait plus à Haman qu'à faire preuve d'un minimum de ruse pour convaincre le Roi d'appuyer cette initiative et de donner son aval. Il sollicita donc une audience et se rendit auprès de Xerxès pour obtenir l'accord royal nécessaire à l'exécution de ses mauvais desseins. Haman, très habile et opportuniste, avait déjà acquis la confiance totale du Roi. Celui-ci l'écouta donc avec attention et bienveillance, totalement inconscient d'être l'objet d'une habile manipulation de la part d'Haman, obséquieux à souhait ce soir-là.

-          Le Roi est-il satisfait de mes services, depuis que j'exerce mes fonctions de premier ministre ? demanda-t-il, après quelques minutes de conversation.

-          Je dois reconnaître que tu es assez habile, en effet, répondit le roi, volontairement laconique. Xerxès était toujours très avare de compliments et répugnait à s'abaisser devant ses sujets, quelque haute fonction qu'ils exerçassent, en les congratulant à propos de leurs actions.

-          Je remercie le roi de m'accorder ainsi sa confiance, j'essaie de faire au mieux, toutefois… Il y a un sujet qui me pose d'énormes problèmes et que je ne pourrai résoudre qu'avec l'accord du Roi.

-          Quel est  ce sujet ? demanda Xerxès avec étonnement et curiosité.

« D'habitude Haman se débrouille très bien tout seul, quelque délicates que soient les affaires » pensa-t-il.

-          Et bien voilà… poursuivit Haman, faussement hésitant, il se trouve, dans tout le royaume de Perse, un peuple qui possède des traditions et des coutumes différentes des nôtres. Jusque là, rien d'anormal ni d'ennuyeux. Seulement, ce peuple se réfère uniquement à ces traditions, à ces coutumes et obligations, et pas du tout aux nôtres. Or, le Roi en conviendra, nos lois et traditions sont nécessaires pour que la Perse reste unifiée et conserve sa puissance, aux yeux du monde entier. Et pourtant, ce peuple semble n'attacher aucun prix à la grandeur de notre empire, ni à l'image qu'il doit représenter auprès de toutes les autres nations. Ces gens refusent de se plier à l'obligation de l'impôt, ils refusent de travailler, se livrent même à des forfaits de toutes natures : ils pillent, assassinent, fomentent des complots contre la royauté. Je crois, o Grand Roi, qu'il devient urgent de prendre des mesures sévères contre ce peuple.

De plus en plus soucieux au fur et à mesure que son premier ministre lui présentait la gravité de la situation, Xerxès demanda :

-          Très bien, que suggères-tu ?

-          Je n'irai pas par quatre chemins. Si nous voulons éviter la plus grande des catastrophes, il n'existe plus qu'une seule solution : faire disparaître toute trace de ce peuple qui, autrement, mènera l'empire à sa perte.

-          Tu as mon entière confiance Haman, si tu juges que c'est là la meilleure solution, alors je te donne mon accord.

Haman réussit à contenir la joie mauvaise qu'il éprouvait à l'idée d'avoir réussi à convaincre le Roi et de pouvoir très bientôt se venger de cet insolent Mardochée. Xerxès enleva l'anneau de son doigt, le tendit à Haman et ajouta :

-          Par cet anneau, je te donne tous pouvoirs pour faire disparaître ce peuple vivant sur le sol de Perse. Prends tout l'argent qui te sera nécessaire et agis comme bon te semblera.

 

 

Ensuite, Haman fit appeler ses secrétaires. Ordre leur fut donné d'écrire une lettre pour tous les satrapes du Roi, les gouverneurs de chaque province et les chefs de chaque peuple selon sa langue et son procédé d'écriture, par ordre du Roi et scellée de son anneau. Selon l'édit qui l'accompagnait, il fut ordonné à ceux-ci de tuer tous les juifs, du plus jeune au plus âgé. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tous devaient être exterminés de la surface de l'empire perse, en un seul jour, très exactement le treizième jour du mois d'Adar, et leurs biens livrés au pillage. Une copie de l'édit fut également jointe en vue de sa publication dans chaque province, invitant tous les peuples à se tenir prêts pour ce grand jour. Les courriers partirent sans tarder dans toutes les directions, tandis qu'Haman l'agaguite, fils d'Hammedata, l'ennemi des juifs, savourait à l'avance sa cruelle vengeance. La ville de Suse ne fut aucunement épargnée par cette terrible décision. Là aussi, l'édit fut publié, et tandis que Xerxès et Haman, tout en plaisantant, dégustaient un vin du meilleur crû, pour clore cette harassante réunion de travail, toute la ville de Suse était sous le choc.

 

 

...

 

 

 

 

 

 

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Article ajouté le 2009-10-23 , consulté 19 fois

Commentaires


Lina site : linareina.blog4ever.com | le 29/10/2009 à 12:20:08
Bonjour Livia,

Je vois que de tout temps la langue est parfois un mauvais instrument et que l'orgueil peut avilir le plus grand....

Je te souhaite une belle journée et t'envoie un bouquet de fleurs parfumées.

Bisous, Lina
Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 07/11/2009 à 13:50:13
Chère Livia,

Je reste sans voix... assassiner des milliers de personnes par orgueil, pour se venger? Le pouvoir est décidément une arme à double tranchant, s'il peut aider à sauver des vies, il peut aussi en détruire.

Je te souhaite de passer un doux week end et t'envoie beaucoup de pensées positives. Je t'embrasse, mon amie.

Séchât.

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