La plume et le parchemin

Destinées : chapître 20

« Ouvre la porte et laisse entrer le bonheur qui frappe. » Pourquoi ces mots m'ont-ils atteint au plus profond de ma désinvolture ? Pourquoi ce soir-là ai-je eu envie, besoin même, d'ouvrir cette porte, cette nouvelle porte qui, celle-là, devait mener au bonheur ? Allais-je passer ma soirée à ouvrir des portes ? Ou bien, tout simplement, s'agissait-il toujours de la même porte ? La porte qui ouvre sur la découverte de soi n'est-elle pas celle qui ouvre sur le bonheur ? Le bonheur n'est-il pas de franchir tout d'abord le pas vers la découverte de notre vrai moi, celui qui est dépourvu de tous les artifices de la vie en société, cette société de gens bien pensant qui vous oblige à vous conformer à toute une série de rites auxquels, au plus profond de vous-mêmes vous n'avez jamais adhéré ? Si le bonheur n'était tout simplement que la décision d'aller jusqu'au bout de nos rêves les plus anciens, les plus incroyables, les plus fous, nos rêves d'enfant ? Ces rêves que nous avons lâchement abandonnés pour mieux nous fondre dans le moule ? Si le bonheur c'était de reprendre le chemin de l'aventure, quelque soit le prix à payer et les renoncements à accepter, et malgré l'opposition de tous ceux et celles qui ont décidé de ne plus croire au bonheur ? Le bonheur n'est peut-être pas aussi inaccessible que nous le croyons, en tout cas pas aussi éloigné ni difficile à atteindre. Il se peut qu'il se trouve à notre portée et la clef n'est peut-être que ce premier pas vers ce rêve auquel nous croyons, car ce qu'il nous faut avant tout, c'est y croire fermement.

 

Mais moi, qui étais-je et que voulais-je vraiment ? Une chose était sûre, que je venais de découvrir, c'était que je n'étais pas tout à fait moi-même, je jouais souvent un rôle, me conformais à une image que mes parents, mes amis, s'étaient faite de moi mais qui n'était pas moi. Ce que je voulais en cet instant précis ? D'abord vivre aux côtés de Rébecca, pour toujours. C'était un événement pour moi. Jusqu'à ce jour, comme je vous l'ai dit, je ne pensais pas aux femmes en terme de durée. M'amuser était mon seul but spirituel. Mais pourquoi me noyais-je dans ces frivolités qui ne m'apportaient rien d'autre qu'un moyen agréable de passer le temps avant l'échéance finale, cette échéance qui mettrait un terme à cette vie que je n'avais pas choisie ? Parce que la vocation de médecin est je le reconnais, la plus belle qui soit. C'est celle qui permet de sauver des vies. Seulement voilà, cette vocation, ce n'est pas la mienne. Ce n'est pas que je ne voudrais pas l'avoir, non, j'aimerais souhaiter plus que tout sauver des vies, mais le fait est que je ne l'ai pas , mais alors, pas du tout. Pourtant, depuis que je suis petit, mes parents ont décrété que je l'avais. Ils s'émerveillaient à chaque fois que je recueillais un oiseau blessé et que je m'évertuais à lui redonner des forces, alors que le reste du temps, ils ne m'accordaient qu'une attention toute relative. Ma mère disait à mon père : « Tu vois bien, il a ça dans le sang ! » Je ne sais pas d'où est venu à ma mère cet engouement pour la médecine mais elle ne m'a jamais lâché, entraînant mon père dans son obsession, jusqu'à ce que j'admette à mon tour que je mourais d'envie d'embrasser la carrière de médecin. Elle a eu un tel regard de joie et de reconnaissance envers moi, le jour où, pauvre de moi, j'ai eu le malheur de dire que oui, peut-être, pour quoi pas devenir médecin, que je me suis lâchement laissé dicter mon avenir. Tout était fini, j'étais ferré. Jamais plus il ne me serait possible de leur avouer que mon rêve le plus grand était de devenir journaliste, plus exactement grand reporter. Oui, bien sûr, la fonction n'est pas aussi noble mais c'est ce que je me sentais capable de faire et de faire bien, alors que d'autres possédaient bien mieux que moi le don d'exercer la médecine.

 

Mais ce soir-là, au milieu de ces gens qui comme moi, semblaient en train de découvrir un secret, leur secret, personnel et original, j'ai soudain eu la révélation de ma vie : je devais faire cesser cette mascarade, stopper mes études de médecine pour entrer dans une école de journalisme, le seul rêve qui m'eût jamais motivé, celui que j'aurais dû poursuivre depuis le début. Et tant pis pour ma mère qui jurerait ne jamais s'en remettre et finalement s'en remettrait très bien, tant pis pour mon père qui opinerait du chef derrière son chef, ma mère, sans émettre la moindre remarque personnelle. Tant pis pour toux ceux et celles qui crieraient au gâchis ou à la folie. C'était ma vie, ma vie !

 

Rébecca a prononcé une phrase qui, paradoxalement, m'a à la fois sorti de mes pensées et conforté en elles. Elle a dit : « Cette nuit est magique. » Forcément, j'ai répondu :

-          Qu'est-ce qu'elle a de magique ?

-          Et bien, avant d'arriver ici, je savais exactement ce que je voulais.

-          Ah bon ? Et qu'est-ce que tu voulais ?

-          Je voulais rester ton amie et uniquement ton amie.

-          Et maintenant ? Tu ne sais plus ce que tu veux ?

-          Si, je sais toujours très bien ce que je veux, seulement…c'est exactement le contraire.

-          Tu veux dire que tu ne veux plus être mon amie ?

-          Tu sais très bien ce que je veux dire. Je veux être plus qu'une amie pour toi. Ne me dis pas que de ton côté tu as également changé d'avis ?

 

Cette fois encore, je n'ai pas répondu. Je l'ai prise tendrement dans mes bras et là, elle a su, avec certitude que je n'avais nullement changé d'avis à son propos, bien au contraire. J'étais on ne peut plus amoureux et il aurait fallu être aveugle pour ne pas s'en apercevoir en regardant mon visage rose de plaisir. Je sais, ça fait un peu jeune vierge effarouchée, et pourtant, j'étais bel et bien tout rose comme un porcelet, et bien que faisant tout pour le cacher en enfouissant mon visage dans son cou, elle s'en est immédiatement aperçue mais n'a rien dit. Et chacun de notre côté, dans les bras l'un de l'autre, nous avons, pendant quelques minutes, laissé libre cours à nos divagations intérieures.

En ce qui me concerne, j'imaginais l'avenir avec Rébecca, moi qui auparavant avais si peur de me laisser « bêtement » enfermer, emprisonner sans rémission possible. Je me suis pris à penser, sans l'ombre d'une interrogation, à la possibilité d'une union durable avec Rébecca. C'était si nouveau pour moi que c'en était grisant. Oui, je sais, là encore, j'utilise un terme typiquement féminin, ou plutôt un adjectif empreint d'une touche de sensualité qu'habituellement seules les femmes pensent à utiliser. Elles évoquent un parfum grisant, un baiser grisant, laissant par là-même supposer qu'elles se laisseront alors séduire plus facilement. La femme est séduite, l'homme séduit, du moins le plus souvent, pour reprendre un lieu commun bien connu. Pour reprendre une expression encore moins originale : « L'homme propose, la femme dispose. » Rien d'étonnant alors à ce que la femme soit grisée, pendant que l'homme, lui, ne peut que subjuguer. Seulement moi, ce soir-là, j'ai jeté à tous vents tous ces a priori d'un autre âge, ces lieux communs, ces archétypes machistes, ces « tue-la-spontanéité ». j'ai décidé de laisser mes joues rosir du plaisir d'être amoureux, mes phrases d'habitude parfaitement bien articulées s'emberlificoter dans un bégaiement de timidité digne des bizuts de première année, mes gestes trahir ma nervosité, et la pensée de laisser plus longtemps possible mon union avec Rébecca me griser. Je me suis mis à revendiquer cet état amoureux que seules les femmes ont le droit d'avouer, alors que les hommes ne peuvent être que des tombeurs. Et tant pis pour ma réputation, que de toute façon je n'ai plus à tenir. Quelle belle leçon d'humilité pour un homme de se découvrir amoureux, donc vulnérable ! Mais cela me plaît, c'est une sensation nouvelle, pleine de charme et d'imprévu. Quand la voix de Sarah nous a de nouveau invités à écouter, j'étais prêt à toutes les découvertes, qui, je le savais, ne manqueraient pas de survenir avec la suite du récit.

 

 

...

 

 

 

 

 

Découvrez la playlist amoureux de mon amie avec Mike Ibrahim


Article ajouté le 2009-10-14 , consulté 21 fois

Commentaires


Tony Yves site : mots-de-ma-vie.over-blog.fr | le 14/10/2009 à 23:08:47
Bonsoir Livia
Comme tu décris bien cet état second dans lequel nous nous trouvons nous les hommes quand nous tombons amoureux
Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 02/11/2009 à 14:53:42
Bonjour Livia,

Je ne peux m'empêcher de sourire devant cette soirée magique, cette soirée déterminante qui aura changé l'avenir tout tracé de ses participants. Qui n'a jamais connu un moment semblable, comme une sorte de révélation sur la conduite à tenir? Oui, c'est son chemin qu'il faut tracer et suivre fidèlement, non celui que les autres souhaiteraient nous voir emprunter.

Merci de ton passage sur mon blog, Livia. Je t'embrasse et t'envoie des pensées positives en ce début de semaine. Passe une belle et douce journée.

Ton amie, Séchât.

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